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Fabrice Imbault, DG d’A Plus Finance à la table ronde Option Finance ‘FIP FCPI à l’heure de la maturité’

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Fabrice Imbault, Directeur Général d’A Plus Finance a pris part à la table ronde spéciale FIP et FCPI organisée par Option Finance.

Morceaux choisis :

La période vous semble-t-elle favorable au capital investissement ?

Fabrice Imbault (FI): Le contexte actuel me semble en effet très favorable au capital investissement, et ce pour plusieurs raisons. La première se fonde sur une vision relative des différentes classes d’actifs : les taux de rapportent quasiment plus rien et les actions cotées restent extrêmement chahutées, ce qui pousse les investisseurs à s’intéresser à des classes d’actifs dites alternatives. A côté de l’immobilier, le capital investissement séduit, à la fois pour sa rentabilité, et pour sa capacité à se soustraire à la volatilité des marchés, qui commence à lasser ses investisseurs. Un deuxième effet, plus structurel, est que les investisseurs prennent de plus en plus conscience de la nécessité de financer l’économie réelle. Reporter une partie de son épargne vers une économie de proximité fait de plus en plus de sens pour eux. En termes de valorisation, les gérants que nous sommes doivent être vigilants mais les prix, surtout dans les petites et moyennes entreprises françaises, restent à des niveaux raisonnables.

Le cadre fiscale des FIP/FCPI est toujours avantageux, mais que penser des dernières évolutions règlementaires ?

FI : Après avoir beaucoup évolué, le cadre fiscal continue à bouger au rythme des lois de finances vers plus de contraintes. On peut aussi regretter qu’il y ait toujours autant de distorsion entre les dispositifs, notamment entre l’ISF et l’impôt sur le revenu : cela se ressent très clairement sur la collecte, qui se concentre sur la partie ISF. C’est un peu dommageable car les particuliers, sans incitation fiscale forte, ont encore du mal à aller spontanément faire la classe d’actifs.

Où en est la courbe d’expérience du secteur ?

FI : Les acteurs du marché se sont structurés à la fois par nécessité, les volumes gérés augmentant d’année en année, et du fait de contraintes règlementaires qui se sont largement renforcées. Cela crée une vraie courbe d’expérience qui n’empêche pas un « effet millésime » sur les produits. Même si l’on est protégé des fluctuations des marchés financiers, une crise comme celle de 2008-200ç laisse forcément des traces. Certains mouvements sectoriels violents, comme on en a vu dans les télécoms, peuvent être terribles pour les PME d’une filière. En ce sens et pour mieux diversifier le risque, la création des FIP, puis la possibilité d’introduire des obligations convertibles ont permis un enrichissement considérable de l’offre.

FIP et FCPI sont-ils concurrents ou complémentaires ?

FI : Ces produits correspondent à des profils de risque différents. Géographiquement, la zone d’investissement, majoritairement française, reste homogène, mais les stratégies d’investissement peuvent être très différentes. Pour un investisseur, il est intéressant d’avoir les deux produits, mais certains peuvent aussi faire des choix plus marqués, soit parce qu’ils souhaitent financer l’innovation, soit parce qu’ils ont envie de financer dans leur région d’appartenance des sociétés qu’ils peuvent connaître. Le choix des investissement peuvent aussi dépendre de la période : après la crise, la montée de l’aversion au risque a plutôt favorisé les FIP par rapport aux FCPI. Depuis la dynamique de l’innovation a remis au goût du jour les FCPI.

Quels sont les avantages ou défauts que peuvent présenter les FIP et FCPI face à la concurrence d’autres solutions d’investissement non coté comme les holdings ou mandats de gestion, voire l’offre des plateformes de crowdfunding ?

FI : Les FIP et FCPI sont des véhicules gérés dans un cadre règlementaire très normé sous l’égide de l’Autorité des marchés financiers. Les holdings bénéficient également d’un visa mais s’adressent le plus souvent à des patrimoines plus élevés. La principale différence entre les FIP et FCPI et les autres dispositifs réside dans le fait que l’équipe de gestion dispose de plus de temps pour investir.

Le relèvement du plafond des aides fiscales dont peut bénéficier une entreprise est une bonne chose car les besoins des jeunes entreprises ne sont pas linéaires mais apparaissent par paliers successifs. Pour ce qui est du crowdfunding, cela s’adresse encore à un type d’investissement différent : les montants restent limités mais tout ce qui contribuer à financer les jeunes entreprises est bienvenu.

Comment les FCPI abordent-ils l’investissement dans l’innovation ? Faut-il se limiter à certains secteurs cibles ou cultiver une vision plus large ?

FI : Notre vision de la gestion des FCPI est assez différente, ce qui démontre bien la richesse et la diversité de l’offre accessible aux investisseurs. Nous n’avons pas du tout d’approche sectorielle et nous partons du potentiel de l’entreprise ) avoir une technologie, un savoir-faire ou une une innovation qui va au-delà de son marché national. L’intérêt est de mettre en portefeuille des entreprises qui vont rapidement être amenées à viser un marché beaucoup plus vaste. La vraie problématique du marché européen est de ne pas être homogène – 27 langues, 27 règlementations et des fiscalités différentes – à la différence des Etats-Unis. Pour des entreprises innovantes, quel que soit leur secteur, cela se traduit souvent par le fait qu’il va être plus difficile pour elles de se développer de l’autre côté de l’Atlantique, voire en Asie, pour adresser des marchés qui ont à la fois une capacité d’acceptation de la technologie et un potentiel de développement beaucoup plus vaste. Cette idée de la « scalabilité » du business de l’entreprise est centrale dans l’approche que nous développons. Pour autant, nous travaillons également sur les grandes tendances en matière d’innovation, comme celle de l’Internet des objets qui foisonne de nouvelles idées et de jeunes pousses.

Comment faut-il gérer la poche non réglementée des FIP et FCPI  ? Doit-elle être utilisée comme amortisseur ou accompagner la stratégie de la poche réglementée ?

FI : Pour les fonds IR, nous avons en effet cette optique patrimoniale. La poche libre est investie sur les marchés dans une optique de diversification, sans paris sectoriels marqués. Progressivement, cette poche sera désensibilisée et investie dans des produits de plus en plus sécuritaires. Le sujet du moment est que la rémunération des produits obligataires est de plus en plus mince. Il devient de plus en plus de générer de la performance additionnelle sans prise de risque.

FIP signifie fonds d’investissement de proximité mais on constate que les FIP restent à proximité…de l’Île-de-France. Certains font toutefois une place plus importante aux régions du Sud. Quelle est votre approche en la matière ?

FI : Nous avons développé des relais régionaux, souvent des acteurs locaux, tels les banquiers, les experts-comptables et autres interlocuteurs privilégiés des entrepreneurs. Ils nous permettent d’avoir accès à un « deal flow » important et qualifié : pour la partie FIP de notre activité, nous recevons ainsi plus de 400 dossiers par an qui se traduisent en une soixantaine de rencontres avec des entreprises. Nous réfléchissons d’ailleurs au développement régional à travers une implantation dans les pôles économiques les plus dynamiques.